Place Assarag, un mardi matin de février. Un vendeur de babouches me tend une paire couleur safran, retourne la semelle et me montre du doigt une petite tache de colle mal essuyée. « Celle-là, c'est une deuxième qualité. Je te la fais à 90 dirhams. » Je n'avais rien demandé. Il venait de me dire, en trois secondes, tout ce qu'il faut savoir pour rapporter un vrai souvenir de Taroudant : ici, le bon objet n'est pas celui qui brille le plus sur l'étal, c'est celui dont le vendeur accepte de vous montrer le défaut.
Taroudant, on l'appelle la « grand-mère de Marrakech ». Même muraille ocre, mêmes ruelles qui sentent l'épice et le cuir, mais sans les cars de touristes ni les boutiques calibrées pour l'aéroport. Résultat : ce que vous y achetez n'est pas un souvenir fabriqué pour vous, c'est un objet que les gens d'ici utilisent vraiment. Et ça change tout.
Points clés à retenir
- Les objets les plus « taroudantais » sont les babouches du Souss, la vannerie de doum, la poterie utilitaire et les nappes brodées — pas les babioles estampillées Marrakech.
- Un souvenir typique de Taroudant coûte souvent entre 40 et 300 dirhams. Au-delà, vous payez le décor, pas l'objet.
- Le souk el Had (quotidien, côté est) et la place Assarag couvrent 90 % de ce que vous chercherez.
- Pour l'alimentaire : huile d'argan, miel du Souss, dattes, amlou. Tout se transporte en soute, rien en cabine au-delà de 100 ml.
- Le meilleur repère qualité reste le vendeur qui vous signale lui-même le défaut de sa marchandise.
- Méfiez-vous des objets « typiques » vendus uniquement aux étrangers : ce sont des imports de Marrakech ou d'Essaouira.
Que rapporter comme souvenir typique de Taroudant (et pas de Marrakech) ?
La première fois que j'ai posé mes valises ici, j'ai fait l'erreur classique : j'ai acheté un plateau en cuivre ciselé. Magnifique. Sauf qu'il venait de Marrakech, qu'il pesait deux kilos et qu'il est aujourd'hui au fond d'un placard. Le vrai artisanat de Taroudant est plus modeste, plus utilitaire, et infiniment plus intéressant.
Les babouches du Souss
C'est l'objet que je conseille en premier, sans hésiter. Les babouches de la région du Souss se reconnaissent à leur cuir tanné localement et à leur semelle cousue, pas collée. Comptez 70 à 150 dirhams pour une paire correcte chez un artisan de la médina. Le test est simple : pliez la babouche en deux. Si la semelle craque ou se décolle, laissez tomber.
Petite précision utile : une babouche neuve est raide. Il faut trois à quatre jours de marche pour qu'elle prenne la forme du pied. Beaucoup de touristes achètent une pointure au-dessus « pour être tranquilles » et se retrouvent avec des chaussons qui flottent. Prenez votre taille réelle.
La vannerie de feuilles de doum
Voilà le souvenir que personne ne mentionne, et c'est bien dommage. La vannerie en feuilles de palmier nain (le doum) est une spécialité du Souss. Couffins, paniers à pain, sets de table, petites boîtes à couvercle : tout est tressé main, souvent par des femmes dans les villages autour de Taroudant.
- Un petit panier rond : 30 à 60 dirhams
- Un grand couffin à anses : 120 à 200 dirhams
- Un set de six dessous-de-plat : autour de 80 dirhams
L'avantage ? C'est léger, ça ne casse pas, et ça ne ressemble à rien de ce qu'on trouve dans les boutiques d'aéroport. Franchement, c'est le cadeau que mes amis ont le plus utilisé après coup.
La poterie et la terre cuite utilitaire
La région de Taroudant produit une poterie brute, non émaillée, destinée à la cuisine : tajines, plats à couscous, cruches à eau. Rien à voir avec les pièces décoratives vernissées de Safi. Un tajine en terre non vernie coûte 50 à 120 dirhams selon la taille.
Attention au transport, cela dit. J'ai ramené trois tajines dans mon sac enroulés dans des serviettes. Deux sont arrivés intacts. Le troisième, non. Depuis, je demande systématiquement au vendeur de me montrer comment il emballe, et je rajoute une couche de vêtements autour. Ça marche mieux que n'importe quelle bulle.
Quel est le meilleur souvenir à ramener du Maroc ?
Si je dois trancher : l'huile d'argan. C'est ce qui coche toutes les cases — typique, transportable, utile au quotidien, et introuvable ailleurs à ce prix. Une bouteille de 250 ml d'huile cosmétique de bonne qualité se négocie entre 120 et 250 dirhams à Taroudant.
Mais tout dépend de la personne à qui vous l'offrez. Un souvenir, ce n'est jamais un objet en soi : c'est un objet qui tombe juste pour quelqu'un.
| Pour qui | Objet conseillé | Budget indicatif | Où l'acheter |
|---|---|---|---|
| Femme | Nappe brodée main ou foulard en coton fin | 150 – 400 MAD | Souk el Had, petites échoppes de tissus |
| Homme | Babouches en cuir ou chèche (foulard touareg) | 80 – 200 MAD | Artisans de la médina |
| Enfant | Petit panier en doum ou tambourin en poterie | 30 – 70 MAD | Place Assarag |
| Cuisinier·ère | Tajine en terre non vernie + amlou | 60 – 180 MAD | Marché de gros, côté est |
| Collègue de bureau | Dattes ou amandes grillées au miel | 40 – 90 MAD | Souk el Had, allée alimentaire |
Un souvenir du Maroc pour une femme : quoi choisir ?
Deux options sérieuses. La nappe brodée — souvent en lin ou coton épais, avec un motif géométrique amazigh, à partir de 150 dirhams pour une taille moyenne. Ou le foulard en coton fin, plus léger, plus facile à glisser dans un sac. Évitez les bijoux fantaisie vendus sur les étals : ils noircissent en deux semaines. Si vous voulez de l'argent véritable, allez chez un bijoutier de la place, pas chez un vendeur de rue.
Et pour un homme ?
Les babouches en cuir naturel restent le meilleur choix, parce qu'elles servent vraiment. Sinon, le chèche (le long foulard de tête) : léger, spectaculaire une fois porté correctement, et introuvable en Europe à ce prix. Comptez 100 à 180 dirhams pour une pièce de bonne longueur.
Quel est un truc typique marocain qui vaut vraiment le coup ?
L'amlou. Si vous ne connaissez pas, c'est une pâte d'amandes grillées, d'huile d'argan et de miel — une sorte de beurre de cacahuète marocain, en beaucoup mieux. On la mange au petit-déjeuner avec du pain. Un pot de 250 g coûte 50 à 90 dirhams à Taroudant, contre souvent le double dans les épiceries fines européennes.
Le hic, c'est le transport. L'amlou est huileux et sensible à la chaleur. En été, il tourne vite dans un sac laissé au soleil. Si vous partez entre juin et septembre, achetez-le au dernier moment, la veille du départ, et gardez-le en cabine.
Quel est un objet symbolique du Maroc ?
La main de Fatma (khmissa) est probablement l'objet le plus reconnaissable, et on en trouve de très belles en argent ou en poterie à Taroudant. Elle est censée protéger du mauvais œil. Mais honnêtement, dans la vie quotidienne des gens d'ici, le symbole le plus présent reste le tajine : pas comme décoration murale, comme outil de cuisine. Un tajine qui sert, c'est ça, le vrai symbole marocain.
Que peut-on ramener du Maroc en avion (sans se faire bloquer) ?
Je vais être direct : la question qui fâche, c'est l'alimentaire et les liquides. Voici ce qui marche et ce qui coince.
- Huile d'argan, amlou, miel : aucun problème en soute. En cabine, la règle des 100 ml s'applique comme partout ailleurs. Un flacon de 250 ml ne passera jamais au contrôle.
- Dattes et fruits secs : autorisés en soute comme en cabine, tant que c'est bien fermé. Les dattes fraîches en pleine chaleur, en revanche, finissent par suinter. Emballez-les séparément.
- Poterie et tajine : protégez-les correctement, sinon vous ramenez un puzzle. Mieux vaut les emporter en cabine si la taille le permet.
- Plantes vivantes et graines : à éviter, les règles d'importation varient d'un pays à l'autre et peuvent bloquer votre bagage.
Ce que je ne fais jamais, en revanche : acheter l'huile d'argan au poids dans un bidon non étiqueté. Ça se voit souvent sur les marchés. Sans étiquette, impossible de savoir si c'est de l'argan pur ou un mélange. Une bouteille correctement étiquetée, c'est le signe qu'un conditionnement sérieux a été fait.
Où acheter, concrètement, à Taroudant ?
Deux adresses suffisent pour tout.
Le souk el Had
C'est le marché quotidien, côté est de la ville, avec un jour de grande affluence hebdomadaire où les producteurs de la vallée descendent. C'est là qu'on trouve l'alimentaire (miel, dattes, amlou, épices) et les tissus. Les prix y sont plus bas qu'en médina parce que la clientèle est locale.
Un détail que j'ai mis du temps à comprendre : au souk el Had, on ne marchande pas de la même façon qu'en médina. Les producteurs de la vallée ne gonflent presque pas leur prix. Discuter âprement avec eux vous fait perdre du temps et de la sympathie. Vous pouvez demander un petit geste, pas la moitié.
La place Assarag et les ruelles de la médina
C'est là que se concentrent les artisans du cuir, de la poterie et de la vannerie. Prix plus élevés, qualité parfois très supérieure, et surtout : vous pouvez voir travailler. Un artisan qui tresse un panier sous vos yeux ne vous vendra pas un objet importé.
Le seul conseil qui compte vraiment
Avant de payer, demandez au vendeur ce qui ne va pas dans l'objet que vous tenez. Pas « c'est solide ? », ça n'a aucun intérêt. Demandez-lui où est le défaut. À Taroudant, la plupart vous le diront — la babouche qui a une couture irrégulière, le panier dont une anse est plus fine, la nappe avec un fil tiré au coin.
Ce petit désagrément, c'est votre certificat d'authenticité. Il prouve que l'objet a été fait à la main, ici, par quelqu'un qui ne cherchait pas à faire du volume pour un car de touristes. Les pièces parfaites, alignées, sans un défaut, vendues par dizaines identiques dans une boutique de la place Jemaa el-Fna : celles-là viennent souvent d'ailleurs, et elles finiront dans un placard sans que personne ne se souvienne d'où elles viennent.
Le vrai souvenir de Taroudant, c'est celui qui garde la trace de la main qui l'a fait. Même si cette trace, c'est une couture un peu de travers.